Il y a des lieux qui vous racontent une histoire dès que vous y posez les pieds. Non pas par les mots, mais par les sons, les odeurs, les matières, et ce silence dense qui vous invite à ralentir. Le Musée mondial du café à Buon Ma Thuot est de ceux-là. Nous avons eu la chance de le visiter un matin chaud de juillet, dans la lumière douce d’un ciel couvert, quand la ville capitale du café vietnamien semble encore sommeiller, mais où le parfum du cà phê sữa đá commence déjà à flotter dans l’air.
Carnet de repérage – Témoignages et images authentiques issus du voyage d’exploration de l’équipe marketing de Far East Tour à travers 7 provinces du Centre du Vietnam, réalisé en juin–juillet 2025.
Une architecture enracinée dans l’identité Ê Đê
Dès l’entrée, le bâtiment impressionne. Conçu dans le style des longhouses traditionnelles Ê Đê, il déploie ses formes longues et asymétriques comme des ailes d’un oiseau mythique. Le toit haut et courbé, la façade recouverte de pierres de basalte volcanique noires, l’absence de lignes droites trop rigides… Tout semble dialoguer avec la nature environnante. Le musée ne domine pas, il s’y fond harmonieusement. Il ne vous attire pas par force, mais vous invite doucement à entrer.
À l’intérieur, l’ambiance est feutrée. La lumière est tamisée, les murs sont texturés, bruns et ocres, rappelant la terre rougeâtre du Tây Nguyên. Le contraste avec le vacarme de la ville est saisissant. On entre ici comme on entre dans un temple : avec respect et curiosité.

Une collection mondiale, mais profondément vietnamienne
Le musée a été inauguré fin 2018 par le groupe Trung Nguyên Legend, au cœur de Coffee City, un projet de ville-thérapie axée sur le café, la santé mentale et le bien-être global. Il couvre 45 hectares et regroupe plus de 10 000 objets liés au café, issus à la fois de collections vietnamiennes et de l’ancien musée Jens Burg en Allemagne.
Chaque salle est scénographiée de manière immersive. Pas de panneaux interminables ni de vitrines poussiéreuses. Ici, tout est pensé pour stimuler les sens. Vous pouvez toucher, humer, écouter, scanner des QR codes qui racontent des anecdotes culturelles sur le café, participer à des expériences interactives, voire goûter différentes variétés de cafés d’ici et d’ailleurs. On découvre la route du café depuis l’Éthiopie jusqu’au Vietnam, le rôle du café dans les révolutions, les salons littéraires, les rites religieux.
Mais au-delà des faits, c’est l’émotion qui domine. Un objet ancien – une machine à espresso du début du XXe siècle, un vieux moulin manuel, un filtre de cafetière en étain – devient un pont entre les époques. On ne regarde pas seulement le passé, on s’y connecte intimement.

Dégustation et pause café dans un sanctuaire végétal
Après plus d’une heure à explorer les galeries, nous avons rejoint la salle de dégustation, un espace à l’ambiance mi-café, mi-salon zen. Nous avons commandé un cà phê trứng – ce café à l’œuf si onctueux qu’il ressemble à une crème dessert, et un cà phê sữa đá infusé lentement, avec des glaçons fondant doucement sous la chaleur ambiante.
Les serveurs sont élégants, silencieux, presque cérémonieux. On nous invite à respirer, sentir les arômes, déguster lentement. Il ne s’agit pas ici de consommer, mais d’entrer en relation avec le café. Ce moment de dégustation fait partie intégrante de l’expérience : il est une pause méditative, un retour à soi.
Nous restons là un long moment, à contempler les formes organiques du mobilier, les grandes baies vitrées qui ouvrent sur un jardin luxuriant. Le « Coffee Zen show » est annoncé plus tard dans la journée – une performance mêlant son, lumière, infusion, et philosophie Trung Nguyên. Malheureusement, nous n’avions pas réservé, mais nous promettons d’y revenir.

Une promenade solitaire derrière le musée
En sortant, nous décidons de descendre les escaliers en pierre noire, recouverts de mousse et de fines herbes, derrière le musée. Là, un sentier discret mène à une petite forêt urbaine. Les oiseaux chantent, le vent agite les feuilles, l’air est chargé d’humidité végétale.
Cette partie moins connue du musée, plus sauvage, nous touche particulièrement. Loin des expositions et des objets, c’est là que nous ressentons le mieux l’esprit du lieu. Ici, le café n’est plus seulement une boisson ni un produit d’exportation, mais un lien profond entre la terre, les hommes et le temps.
Nous nous asseyons sur une marche, au bord de la végétation. Le sol est tiède, les cigales chantent. Nous repensons aux caféiers croisés sur les routes de Kon Tum, aux mains des femmes dans les villages de cueillette, au bruissement du vent dans les plantations, aux mugs fumants des cafés de rue à Hanoi. Le café vietnamien, dans toutes ses dimensions, nous apparaît soudain comme une culture totale : agricole, artisanale, sensorielle, philosophique.

Un musée ancré dans l’avenir
Avant de partir, nous passons par la boutique où l’on peut acheter des produits Trung Nguyên : café en grain, filtres inox, mugs artisanaux, mais aussi des souvenirs plus inattendus, comme une soupe instantanée au café (!). Une bibliothèque spécialisée et des ouvrages sur le pouvoir du café dans la créativité et l’éveil personnel attirent aussi notre attention.
Il ne fait aucun doute que ce musée est bien plus qu’un lieu de mémoire. Il est un projet de société, une vision, peut-être un pari un peu fou : faire du café un moteur de transformation personnelle et collective. Et cela se ressent, à chaque étape de la visite.

Une mémoire du goût et de l’âme
Le Musée mondial du café à Buon Ma Thuot est une expérience unique. Il ne s’adresse pas seulement aux amateurs de café, mais à tous ceux qui cherchent du sens, du lien, du rythme. On en ressort touché, apaisé, curieux aussi.

Dans ce lieu où le patrimoine culturel se mêle à la contemplation, où les objets dialoguent avec nos sens, le café devient langage universel. Et en quittant le musée, un sachet de grains de Robusta à la main, nous emportons avec nous bien plus qu’un souvenir : une histoire, une émotion, une vibration.
