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À la découverte de la poterie M’nông : Trésor vivant de Dak Lak

Sur les rives calmes du lac Lak, au pied du mont Chu Yang Sin, le petit village de Yang Tao, district de Lak (Dak Lak), conserve précieusement un savoir-faire ancestral : la poterie M’nông R’lam, récemment inscrite au patrimoine culturel immatériel du Vietnam (décembre 2024). Lors de notre passage dans les Hauts Plateaux du Centre, nous avons eu la chance de vivre une expérience unique au cœur de ce village où la terre devient mémoire, tradition et fierté identitaire.Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Table des matières

Une poterie sans tour, façonnée par la mémoire des femmes

À notre arrivée, le silence était à peine troublé par le son du pilon frappant la terre, quelque part dans une cour. Dans l’une des dix familles artisanes du village, nous avons été accueillis par une potière d’une cinquantaine d’années, le regard calme, les mains couvertes d’argile. Elle s’appelle H’Bluh. Elle nous a invités à nous asseoir à l’ombre pendant qu’elle continuait son travail.

Chez les M’nông R’lam, la poterie est l’affaire des femmes, transmises de mère en fille. H’Bluh nous raconte que petite, elle emportait toujours un morceau de terre dans sa poche, comme un jouet, et qu’elle apprenait en regardant sa mère façonner les formes.

Ce qui frappe, dès les premiers instants, c’est l’absence de tour de potier. Ici, tout est entièrement manuel. La technique repose sur un support en bois massif — une souche arrondie — sur laquelle l’artisane place le pain d’argile. Puis, elle tourne autour, doucement, en lissant la surface avec des morceaux de bambou, des galets ou même des tiges de porc-épic, créant des formes d’une étonnante régularité.

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De la terre à l’objet : un processus exigeant et respectueux

L’argile utilisée provient exclusivement d’une source secrète près de la cascade Bìm Bịp. Il faut se lever entre 5h et 6h du matin pour l’extraire avant que d’autres ne viennent chercher de la terre commune. Seule une fine couche de 5 à 6 cm de cette argile noire rare, située à environ 1,5 m de profondeur, est exploitable. Seules les artisanes savent reconnaître à l’œil et au toucher cette matière première si particulière.

La terre est d’abord mélangée avec de l’eau et pilée, puis modelée. En moins de 30 minutes, la forme de base d’un pot ou d’une jarre est obtenue. Ensuite vient le séchage au soleil, pendant une à deux heures, selon le climat. Puis, l’objet est poli à la pierre ou au sable pour lui donner un fini lisse. Des motifs inspirés de la nature — montagnes, rivières, fleurs — sont délicatement tracés avec une épine ou un outil taillé dans du bambou.

Enfin vient l’étape magique et redoutée de la cuisson en plein air. On dispose les pièces en cercle sur un lit de bois, que l’on couvre de paille et de balle de riz. La cuisson dure environ une heure. Quand le feu meurt, on recouvre immédiatement les objets avec des cendres chaudes issues de la balle de riz pour leur donner ce noir profond, signature esthétique de la poterie M’nông.

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Fonctionnelle et belle : la poterie M’nông hier et aujourd’hui

Traditionnellement, cette poterie servait à la cuisine domestique : marmites, pots à eau, jarres de fermentation du ruou cần, etc. Leur conception permet de résister à la chaleur du feu sans fissure ni fuite. Ces objets sont le prolongement d’une vie quotidienne simple mais harmonieuse avec la nature.

Aujourd’hui, les artisanes du village ne se limitent plus aux objets utilitaires. Elles créent aussi des pièces décoratives et souvenirs : petits animaux stylisés, figurines culturelles, pots sculptés, souvent destinés aux touristes ou aux expositions. Cette diversification permet à la poterie M’nông de rester vivante dans un monde en mutation, tout en générant un revenu complémentaire pour les familles du village.

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Atelier participatif : les visiteurs deviennent créateurs

Durant notre visite, nous avons pu participer à un atelier d’initiation animé par H’Bluh. Assis sur des nattes à l’ombre d’un longanier, chacun a reçu un morceau d’argile. Pas facile de modeler sans tour ! Nous avons appris à sentir la densité de la terre, à la façonner sans excès d’eau, à créer une base stable. Puis, sous ses conseils patients, nous avons tenté de former un petit bol. Bien sûr, notre création ressemblait plus à une sculpture libre qu’à un récipient, mais le plaisir était réel.

À la fin, H’Bluh a placé nos œuvres près de ses pièces à elle, pour les sécher. Elles seront cuites le lendemain, nous a-t-elle promis, et expédiées par la poste si nous le souhaitons. Une belle manière de repartir avec un souvenir fait main, chargé de sens.

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Une transmission fragile mais engagée

Le savoir-faire potier M’nông fait aujourd’hui l’objet de programmes de sauvegarde, soutenus par le musée de Dak Lak, les autorités locales et quelques ONG culturelles. Des ateliers sont organisés pour les jeunes filles, qui apprennent auprès des artisanes aînées. Toutefois, la transmission est fragile : l’argile se fait rare, la jeunesse part souvent en ville, et les revenus issus de la poterie restent modestes.

Le classement en patrimoine immatériel national apporte une reconnaissance et un espoir. Il permet de développer le tourisme communautaire, d’attirer les visiteurs curieux de savoir-faire locaux, et de valoriser une identité culturelle profondément enracinée dans le sol et les gestes.

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Conclusion : une mémoire de la terre et des femmes

La visite du village de poterie M’nông de Yang Tao nous a offert bien plus qu’un moment d’artisanat : c’était une plongée dans l’âme des Hauts Plateaux, une rencontre avec des femmes dont les mains racontent l’histoire de leur peuple, une découverte d’un art humble mais puissant.

Dans un monde qui s’uniformise, où l’industrie lisse nos objets du quotidien, ces pots aux formes irrégulières, au toucher rugueux, à la couleur de cendre et de braise, nous rappellent qu’il existe des façons lentes, belles et humaines de créer. Et que parfois, il faut savoir tourner autour de la terre pour comprendre le cœur de ceux qui la travaillent.

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Grant Nguyen

Grant Nguyễn est notre auteure passionnée et experte en voyages. Diplômée de l'Université nationale de Hanoï, où elle a étudié la langue et la culture française, Grant possède une connaissance approfondie et une passion pour le partage de la culture vietnamienne. Depuis 2017, elle s'est consacrée au secteur du tourisme, explorant chaque coin du Vietnam, du nord au sud. Sa vaste expérience personnelle des voyages à travers le pays lui permet de vous offrir des conseils précieux et des récits captivants. Avec le désir profond de partager ses connaissances et son amour pour le Vietnam, Grant espère inspirer et guider les voyageurs du monde entier à découvrir la beauté et la richesse de cette terre fascinante.
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